Il me fallait en parler car ces deux soirées, outre leur gratuité, relatent de notre scène la grande qualité. Il y eut tout d’abord Bruits de Lune, indémodable. Ses interventions tantôt si cool, tantôt trop bavardes et « air du temps » -mais il n’empêche, elles valent le détour-, ses « guests », ses causes défendues et ses live, above all. Ce mercredi $lace et Orion, puis The Anti Noise League, firent valoir deux registres bien tranchés. Electro-rap pour le premier, au gré de prods’ malaxées par le jeunot himself et trempées avec lucidité dans le grand bain du mal-être. Didi à ma gauche, Lolo à ses côtés désapprouvent. Damned les gars, entrainez vos oreilles! Le « petit » a du chien, s’il faut bien entendu encore bosser un univers d’ores et déjà se dessine. Il est toutefois vrai qu’avec The Anti Noise League, au post-rock balafré par les ressacs des grattes et d’une rythmique serpent, surligné par les projections et voix cinématographiques, c’est pas le même graphique! Les gaillards époustouflent; stoner, noise, psyché et autres mijotent dans la même marmite, la recette est parfaitement tenue. On headbange à trois, peut-être pas au même rythme mais c’est ça qu’est bon. Transportés nous sommes, en Somme t’as toute la valeur possible alors va pas chercher loin, pas même chez les Ricains. Je prends congé, demain matin y’a Sociologie de l’Education pis c’est avec Jake donc je veux en être. La soirée fut bonne, Simone, mais je ne t’y vis point.
$lace et Orion/The Anti Noise League
Au retour omelette aux champignons, maison. Et ouais! Une Cuvée Gabriel, pour faire couler le tout, à dose hyper réduite. Le jeudi très vite se profile, radieux sauf que tout le temps il pleut. Ou fait froid, bon on va pas non plus larmoyer ça date pas non plus de…la dernière pluie. Pas encore le Printemps (de Bourges)…quoique. « Au soir » c’est les Inouïs, alors direction la Lune. Encore. Bouffe au RU, c’est justement un ru qui coule du distrib’ à eau. Dix ans pour remplir un verre, super! L’éclair en dessert, par contre, ça satisfait son homme! Je déboule quai Bélu, Bouboule rapplique p+++++ il est jamais venu à la Lune la honte! C’est sa première, jamais trop tard pour bien faire et Pierre et la Rose en lançant le bazar dévoile un registre touchant. Chanson poétisée, porteuse de maux qu’elle évacue. Joli. Puis Grincheux, au rap désormais étoffé, tant scéniquement qu’en termes de formation, raconte sa life et avec Somsouk et le Corbeau s’allie. Les copains sont là, j’aperçois Double T le sympathique et dans la Peur de s’attacher Grincheux de son ton obscur impose ses textures alors que le Caméléon, derrière, jette ses sons.
Pierre et la Rose/Grincheux
Le hip-hop domine, Soro et son acolyte Somsouk en doublette rodée rappent une vie désillusionnée. Les rimes de Soro, qui cachent des sorrows, font mouche. Les hommes à capuche, loin de faire l’autruche, tchatchent avec conscience. Reconnaissons leur science, à toute heure ce sont des bosseurs et le labeur porte(ra) ses fruits. Je l’avoue toutefois c’est Fugue que j’attends et la sans alcool, trouvaille couteuse, trompe l’expectative. Mazette, le raz de marée Fugue en impose! Son shoegaze en piquante finesse, ses traceries post-punk furibardes le hissent haut. Toute la musique que j’aime, elle vient de là elle vient de Fugue enfin pas exactement mais le quatuor l’interprète avec un foutu brio. Ses membres, arc-boutés sur des instruments maltraités, jouent comme si leur vie en dépendait. Puis il y a ces morceaux, principalement tirés de leur excellent Yell, qui méritent et déclenchent les cris. Entre Interpol, APTBS et la gouaille des formations post-punk, Fontaines D.C. en tête de gondole, Fugue réalise un amalgame de qualité sup’. Cold et intense, leur scène ce jeudi arrache tout. Entrelacés ils la quittent, pour ma part je repars rassasié, entre Bruits et Inouïs, comblé par tous ces sons avalés pour pas un rond.
Soro/Fugue
Photos Will Part en Live, auteur de l’article…